La Commission Interprétation Juridique et Judiciaire

Historique et perspectives de la Commission Interprétation Juridique et Judiciaire

Historique

En 1985, notre collègue Pat Longley avait eu l'idée pionnière de consacrer une partie des activités de la Commission des Écoles, qu'elle coordonnait alors, à l'interprétation judiciaire. Cette Commission s'efforça de cerner les problèmes de l'interprétation judiciaire et de réfléchir à la politique que pourrait adopter l'AIIC en la matière. Compte tenu de l'étendue des domaines à couvrir, le Conseil proposa en 1990, la création d'une Commission distincte. Christiane J. Driesen fut chargée de la coordination de la nouvelle commission et obtint bien vite la coopération de Liese Katschinka, Ruth Morris et Karla Déjean Le Féal, puis d' Olivia Reinshagen-Hernandez.

La réflexion des premières années a permis de mieux préciser les objectifs que la Commission souhaitait poursuivre, sur la base de constatations simples :

  • La qualité de l'interprétation judiciaire auprès des juridictions nationales laisse beaucoup à désirer dans tous les pays ; la presse regorge d'exemples scandaleux en la matière. Les juridictions nationales, les pseudo-interprètes judiciaires ignorent trop souvent les ressources de l'interprétation professionnelle ou pire, s'accommodent, un peu cyniquement peut-être, d'une interprétation « à deux vitesses » (selon l'impact financier ou médiatique). Or, toute expérience d'interprétation non qualifiée, tout article de presse à ce sujet, nuit à la profession toute entière.
  • Dans la procédure judiciaire, le respect des droits fondamentaux exige l'égalité de chacun devant la loi, nul ne doit être désavantagé, du fait de sa langue et de sa culture entre autres. Le justiciable étranger doit donc être placé dans les mêmes conditions que le national ; or cela n'est possible que si celui-ci bénéficie des services d'un interprète respectueux de la déontologie et possédant parfaitement les techniques d'interprétation.
  • Le niveau de difficulté entre l'interprétation auprès des juridictions nationales et internationales est équivalent. Les mêmes techniques sont indispensables à la garantie de la qualité. Les juridictions internationales veillent à recruter des interprètes qualifiés, ce dont se soucient encore trop rarement les cours et tribunaux nationaux ; Les juridictions internationales vont dans le droit fil de l'expérience de l'interprétation dont les bases furent jetées lors des procès de Nuremberg.
  • Rares sont les interprètes qualifiés qui acceptent de travailler pour les juridictions nationales. Trois raisons sont souvent invoquées pour expliquer cette situation regrettable : d'abord la rémunération ridiculement basse dans certains pays, puis la crainte d'être confondu avec une masse de personnes non qualifiées et parfois l'impression de ne pas être suffisamment spécialisé.

La Commission envisagea donc dès l'abord trois axes d'action :

  • Faire savoir à l'extérieur que l'AIIC soutient une interprétation respectueuse des droits fondamentaux. C'est à cette fin qu'elle organisa un atelier et une conférence de presse lors du Sommet mondial des Droits de l'Homme des Nations Unies, tenu à Vienne en 1993 et présenta un stand lors du Sommet mondial du développement social de Copenhague, en 1997. Cette dernière activité fut organisée avec la FIT avec laquelle la coopération s'est toujours avérée fructueuse
  • Aider étudiants, universitaires et membres de toutes associations à trouver des sources d'information et contacts concernant l'interprétation judiciaire. Projet en cours : publication d'un ouvrage de référence sur la situation internationale de l'interprétation judiciaire, fondé sur des questionnaires et permettant une mise à jour régulière.
  • Informer les collègues, membres de l'AIIC ou non, en proposant des séminaires d'initiation aux procédures judiciaires, la Commission a chaque fois bénéficier de l'assistance de proches, amis et/ou collègues qui seront cités tant leur aide fut précieuse :
    • Paris, janvier 1991 : Initiation aux procédures judiciaires françaises, grâce à l'engagement de Karla Déjean Le Féal et aussi de François Driesen
    • Luxembourg, janvier 1993 : Cour de Justice des Communautés Européennes, grand merci à Bernard Heidelberger et à Ruth Morris !
    • Londres, juillet 1995 : Initiation aux procédures judiciaires du Royaume Uni, grâce à l'aide précieuse de Margot Horspool.
    • Vienne, juillet 1997 : Initiation aux institutions et procédures judiciaires autrichiennes, grâce à l'engagement de Liese Katschinka et au soutien de Traude Kabelka
    • New York, janvier 1999 : Initiation à la procédure judiciaire, présentation de l'interprétation judiciaire des États Unis, ainsi que visite à l'ONU avec présentation d'interview d'interprètes ayant travaillé à Nuremberg et exposé sur la création du Tribunal pénal international de Rome. Rien de cela n'aurait été possible sans George Drummond, Lois Feuerle et Evelyn Moggio-Ortiz.
    • En janvier 1999 également, la Commission a proposé au conseil de l'AIIC, réuni à Berlin, une session d'information sur l'interprétation judiciaire à laquelle Holly Mikkelson, professeur à Monterrey a eu la gentillesse de bien vouloir participer. Il semble que cela a beaucoup contribué à ce que l'AIIC reconnaisse enfin que, dans toutes juridictions, nationales ou internationales, l'interprétation judiciaire exige, outre les connaissances juridiques et interculturelles spécifiques, les qualifications de l'interprétation de conférence.

Nouveau Projet: Forum Interprétation auprès des juridictions internationales à Dakar 

Sur l'initiative de Malick Sy, ancien président de l'AIIC, un débat, animé par Christiane Driesen et George Drummond sur l'interprétation judiciaire et ainsi qu'un atelier de perfectionnement pour les interprètes kyniarwandophones eurent lieu au Tribunal Pénal pour le Rwanda. Il est apparu qu'un forum donnant la parole aux interprètes représentant toutes les juridictions internationales pourrait être très enrichissant. Ce forum aura lieu à Dakar, la deuxième semaine de janvier 2001. Les minutes en seront publiées.

Perspectives

L'interprétation judiciaire se développe dans les juridictions internationales, avec la création de nouvelles cours et elle connaît un essor certain dans les juridictions nationales du fait des grands flux migratoires. En raison même de sa tradition, l'AIIC ne peut s'en désintéresser, même si les combinaisons linguistiques concernées ne sont pas souvent celles de ses membres. Certains membres de l'AIIC pourraient s'engager dans des activités de consultants en matière technique, formation et recherche.

La Commission Interprétation juridique et judiciaire a donc encore beaucoup à faire et remercie dès à présent tous ceux qui la soutiennent et la soutiendront.



Christiane J. Driesen est la coordinatrice de la Commission Interprétation juridique et judiciaire

Recommended citation format:
Christiane J. DRIESEN. "La Commission Interprétation Juridique et Judiciaire". aiic-italia.it September 10, 2000. Accessed August 24, 2019. <http://aiic-italia.it/p/233>.