Lettre des Rédacteurs – Normalisation et Qualité

L'AIIC a édicté des normes professionnelles, consciente de ce que les conditions de travail ont une incidence sur la qualité - et donc sur la communication. Dans les années 70, l'association a collaboré avec l'UE et l'ISO à l'élaboration de normes techniques, tant pour les cabines fixes que pour l'équipement électro-acoustique (ISO 2603), puis a étendu sa collaboration aux cabines transportables (ISO 4043). L'AIIC a ensuite poursuivi ses efforts de définition et promotion de la qualité en finançant des projets tels que l'Etude sur la Charge de travail (Work Load Study, en anglais seulement) . Cette préoccupation collective en faveur de la qualité est également ressentie par bien des membres, ce qui peut prendre une tournure parfois inattendue.

En 1996, une réunion du Secteur marché privé était organisée à Lisbonne pour entendre notamment un inspecteur de qualité et savoir si l'AIIC ou ses membres pouvaient aspirer à la certification ISO en la matière.  Les interprètes savaient intuitivement qu'une bonne prestation constituait un facteur stratégique de compétitivité et les interprètes-conseils commençaient à se rendre compte que la qualité devait devenir tangible aux yeux du client potentiel. Mais comment fallait-il s'y prendre?

L'inspecteur de qualité consulté devait reconnaître la difficulté de la tâche. Dans le cas de l'interprétation simultanée, il est extrêmement difficile de contrôler la qualité car elle peut osciller, précisément en raison de circonstances échappant à la volonté de l'interprète. Les impressions et donc les évaluations des auditeurs peuvent parfaitement varier d'une personne à l'autre et un certain degré de subjectivité semble par conséquent inévitable. La solution? Plutôt que de viser la certification individuelle, il semble plus souhaitable de viser une garantie de qualité générale par le biais de mesures complémentaires: un système d'admission strict, la définition de critères plus objectifs, des normes professionnelles permettant d'assurer une qualité optimale, et le respect des normes ISO pour  les cabines et l'équipement. D'après l'inspecteur, de telles mesures équivaudraient à la création d'un système de qualité.

Il apparaît toutefois qu'il ne s'agit pas d'un système fermé ou contrôlable. Les interprètes ne travaillent pas sur une chaîne de production avec des points fixes d'inspection. Ils oeuvrent au sein de la société. La communication s'établit entre les gens et tous doivent être conscients du rôle de l'autre ; malheureusement celui de l'interprète est trop souvent mal compris ou oublié.  Le monde dans lequel nous évoluons a ses propres préjugés qui semblent inextirpables (et curieusement universels) : toute personne parlant plus d'une langue peut parfaitement être interprète ; le talent est le facteur qui détermine la performance ; les interprètes peuvent travailler seuls (puisqu'ils sont tellement doués) ; la préparation ne sert à rien puisqu'ils ne font que traduire des mots ; l'élocution d'un conférencier n'aura aucune incidence sur l'interprétation ; tout son venant d'un casque doit être un son correct ; si on entend, à quoi bon voir... etc. De telles idées préconçues réduisent, hélas!, les normes à néant.

La certification individuelle des interprètes ne semble donc pas être la panacée, même si l'idée est toujours populaire parmi les membres d'une profession qui peut être exercée sans titre. De fait, l'AIIC ne considère pas son processus d'admission comme une certification stricto sensu. En exigeant des candidats qu'ils aient effectué un nombre minimum de jours de travail dans des conditions professionnelles, l'AIIC demande en fait aux postulants de réussir le « test du marché ». En exigeant des parrainages de la part de membres qui ont travaillé avec le candidat et l'ont écouté, l'AIIC souligne, là encore, l'importance de la prestation dans des conditions réelles. Quant à eux, les postulants s'engagent à respecter un Code d'éthique et des Normes professionnelles qui ont été conçus pour favoriser le professionnalisme et la qualité.

Lorsque l'AIIC a décidé d'afficher un Annuaire des Interprètes-Conseils sur son site web, elle a également fixé des Pratiques optimales pour la fonction conseil. Elle a ainsi étendu son système de qualité.  Il n'est donc pas surprenant que certains des groupes figurant sur cette liste ait cherché d'autres moyens d'améliorer les services offerts à leurs clients, en envisageant la possibilité d'une certification ISO en matière de gestion de la qualité. Il s'agit d'une étape logique dans le cadre des efforts que déploie l'association depuis plus de cinquante ans.

 

Ce numéro

Nous commençons ce numéro par un examen des cabines - le côté esthétique, fonctionnel, et pourquoi ces deux aspects semblent parfois incompatibles. Les normes indiquent les conditions minimales requises pour une communication satisfaisante, comme l'explique Danielle Grée dans son article De l'utilité de cabines normalisées pour une qualité optimale en interprétation.

A l'AIIC, le point de contact pour toutes les questions techniques est la Commission technique et de la santé. Ce numéro fait le point sur  les fonctions de cette Commission, sa composition, et la manière de la contacter.

Quant à la Turquie, la région a démarré sur des chapeaux de roues dans le domaine de la technique, en organisant des sessions d'information, en faisant pression pour corriger l'agencement de certaines cabines, et en encourageant la normalisation à l'échelon national. Hande Guner explique cette évolution dans Les normes techniques en interprétation : le point sur la Turquie.

Cette fois-ci, nous retrouvons Phil Smith désespérément à la recherche d'une bouffée d'air. Son Off mic examine les cabines des deux côtés du verre anti-reflets, et pose certaines questions auxquelles vous trouverez peut-être la réponse.

Nous changeons de vitesse avec les deux articles suivants pour présenter un autre type de normalisation - la certification en matière de gestion de la qualité - et voir comment deux groupes d'interprètes-conseils AIIC ont abordé le sujet: la voie vers la certification ISO- l'expérience du CRIC à Rome et AMI opte pour la certification ISO.

En janvier prochain une réunion du Secteur marché privé et une Inter-régionale se tiendront conjointement à Bangkok. Nur Deris Ottoman se tourne d'ores et déjà vers l'Est pour se demander si nous ne sommes pas repartis sur la Route de la Soie.

Et pour clore cette introduction, notre rubrique habituelle, Language in the news, revient à la charge avec certaines considérations sur la qualité venant de l'Union européenne, des nouveautés sur le front R&D, et un aperçu de l'interprète en tant que personnage de fiction.

L'équipe de Communicate! espère que vous avez tous eu une année bien remplie - mais pas trop remplie - et vous souhaite d'excellentes fêtes, en espérant vous retrouver en grande forme en 2007.



Recommended citation format:
Luigi LUCCARELLI,Danielle GREE. "Lettre des Rédacteurs – Normalisation et Qualité". aiic-italia.it December 5, 2006. Accessed February 18, 2019. <http://aiic-italia.it/p/2545>.